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éLECTiONS, PièGE à CONS*

mai 13, 2010

ET Si ON ARRêTAIT d’élire les présidents en Afrique ? Puisqu’au pire les élections finissent une fois sur deux en bain de sang et au mieux elles ne changent rien, c’est le souhait émis par l’écrivain Alphonse Muambi dans un article publié en avril par le quotidien Trouw (en néerlandais) et repris (en français) sur le site d’information Presseurop.fr.
Ce Néerlandais d’origine congolaise ne veut plus de ce « modèle démocratique occidental [qui] ne peut pas convenir » à des pays comme le Soudan, le Burundi et la République démocratique du Congo, « sous tensions politiques et sociales graves avec des conséquences négatives pour les citoyens, un manque de légitimité, une insuffisance en termes de sécurité et de droits de l’homme. L’enseignement, les équipements sanitaires et la santé publique [qui] font défaut,  pas de développement économique… bref, [des] endroit[s] où tout peut fleurir sauf la démocratie. »
Lui qui a écrit « La démocratie, ça ne se mange pas » (« Democratie kun je niet eten », paru en 2009, non-traduit en français) pense avoir trouver la meilleure alternative : remettre à l’honneur la culture tribale à travers une présidence tournante assurée par région ou par province. Un concept somme toute très européen (Alphonse Muambi établit lui-même la comparaison avec le fonctionnement de l’UE) à la sauce traditionnelle africaine qui n’est pas sans rappeler ce qui se pratique au Nigeria. Dans ce pays, le plus peuplé d’Afrique, il existe un accord tacite qui prône une alternance Nord (majoritairement musulman)-Sud (essentiellement chrétien) d’un président à l’autre. Un principe informel actuellement bousculé par l’intérim de Goodluck Jonathan après la mort du chef de l’Etat Umaru Yar’Adua.
Pour revenir à Alphonse Muambi, lui défend son idée sur

deux principaux points forts :

1. « Un dirigeant provincial devient président de tout le pays et, pour cette période, n’a pas besoin de réfléchir sur la façon dont il doit conserver le pouvoir ou mener une campagne pour gagner les prochaines élections. »
2. «  L’opposition occupe alors une position fonctionnelle: elle prépare la reprise du pouvoir ».

auxquels on voit au moins deux points faibles :

1. L’exercice du pouvoir paraissant (visiblement) toujours trop court pour celui qui l’occupe, le dirigeant préfère amasser un maximum d’argent s’il sait que son temps est compté.
2. En face, l’opposition ne fait rien. Elle attend son tour.

Mais bon, c’est pas tout de critiquer, il faut aussi proposer.

* Voir Jean-Paul Sartre : « Donner sa voix à un Parti, c’est surtout voter pour le vote, c’est-à-dire pour l’institution politique qui nous maintient en état d’impuissance sérielle. »

PS1 : Le 28 juin, les Burundais sont appelés aux urnes, dans « un contexte de paix , pour la première fois depuis l’Accord d’Arusha signé en août 2000 ». « Un test à ne pas rater » prévient déjà la Fédération internationale des ligues de droit de l’Homme. Et que se passera-t-il si ça foire ?

PS2 : Merci à C.G. de suivre l’actualité européenne :o) et de m’avoir fait suivre le lien de l’article d’Alphonse Muambi.

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One Comment leave one →
  1. Kakou Ernest TIGORI permalink
    mai 15, 2010 9:01

    Je voudrais remercier M. A lphonse Muambi pour sa contribution à la nécessaire réflexion que les Africains doivent engager eux-mêmes sur la régression, sur tous les plans, de leurs pays.
    Toutefois mon intervention est destinée à nous mettre en garde contre toutes les solutions spécieuses, basées sur des prétendues spécificités des Africains, car les Noirs sont des humains comme les autres.
    La question qui se pose est relative à la culture, et cette dernière n’est pas innée, mais s’acquiert ou se transmet. La grande histoire de l’humanité est à notre disposition pour identifier ce qui dans le fonctionnement des sociétés humaines est source de progrès ou de régression. Nous savons que depuis le IVe millénaire avant notre ère de grandes et brillantes civilisations, aujourd’hui disparues, se sont illustrées et nous ont laissé un témoignage, un patrimoine de connaissances sur la façon de gérer le pouvoir politique de sorte qu’il produise, de façon durable, le bien-être et le bonheur des hommes.
    Savons-nous comment l’Egypte des pharaons a pu offrir à ses populations le bien-être et la prospérité pendant près de trois mille ans? Savons-nous comment pendant cinq siècle Rome a pu pacifier tout le pourtour de la Méditerranée? Si nous parcourons l’histoire de l’humanité, de l’Egypte à ce jour, en passant (pour ne citer que les plus importants) par la Crète, la Phénicie, le Hatti, l’Assyrie, la Perse, la Grèce, Rome, l’Occident chrétien, le monde Arabo-musulman et les Ottoman, nous tirerons des leçons bien utiles pour notre réflexion. Plus proche de nous, il ne faut pas oublier que pendant le Moyen-Âge, le Ghana, le Sosso, le Manding, le Songhaï, le Congo, le Kanem-Bornou, le Monomotapa et bien d’autres ont montré que le Noir n’est frappé d’aucune incapacité génétique à administrer de façon heureuse une société.
    Nous devons faire l’effort pour connaître la grande histoire de l’humanité qui est liée à notre histoire africaine spécifique, afin de sortir de cette inculture qui fait que les Noirs d’aujourd’hui ne connaissent de leur passé que la traite négrière et la colonisation. Si nous n’avons pas de repères temporels et géographiques, si nous ne savons pas d’où nous venons, comment pouvons nous donner aujourd’hui un sens à notre parcours? L’effort de connaissance de l’histoire est donc un préalable à la réflexion que nous menons.
    Avec un minimum d’acquis, nous pouvons comprendre ce qui fait avancer les peuples: le sens de l’intérêt général et du bien commun qui donne un sens à la communauté de destin. La communauté de destin se matérialise par le contrat social dans lequel l’individu donne tout ou partie de sa liberté à la société qui, en contrepartie, lui assure la sécurité (matérielle et physique). Le respect de la dignité humaine est la première sécurité que la société doit à ses membres.
    Alors, au niveau du pouvoir politique, notre société s’engage dans la culture et la civilisation qui peuvent la faire passer de la société de droit (une monarchie peut être une société de droit), à la société démocratique. Il faut retenir que sans culture d’Etat de droit, il ne peut y avoir de démocratie, encore moins de multipartisme. Ces démocraties multipartisanes africaines ne sont donc que de la plaisanterie, dans la mesure où la gestion de nos Etats depuis les indépendances à détruit l’Etat de droit. L’Etat de droit détruit, il n’y a plus de solidarité, ni de cohésion dans les pays africains. Le multipartisme devient alors du multitribalisme.
    Je crains que la proposition de M. Alphonse Muambi n’aille dans le sens du multitribalisme qui n’est qu’une nuisance pour l’intérêt général.
    En Afrique comme partout ailleurs dans le monde, la structure qui gère la communauté, en l’occurrence l’Etat, doit être investie dans sa mission d’institution au service de l’intérêt général. C’est à travers le service de l’intérêt général que l’Etat tisse les solidarités qui fondent et renforcent l’unité des populations. Les Etats occidentaux ont bâti des solidarités qui arrivent à intégrer leurs populations d’origines diverses, et même des immigrants récents. Si des Noirs arrivent à s’intégrer en Europe, c’est parce que le tribalisme n’est pas génétique, mais culturel… et le culturel varie avec le cadre de vie.
    Nous n’avons donc pas à retourner à je ne sais quelles traditions! Nous devons savoir que des traits que nous croyons nous être spécifiques, comme par exemple les petites chefferies tribales, sont des phases que les autres peuples ont dépassées pour être où ils sont aujourd’hui. En 1868, engageant la période du Meiji, le Japon a aboli la féodalité pour s’ouvrir à la modernité au développement économique; Nous savons aujourd’hui ce que cette vision a apporté à ce pays oriental qui fut le premier du monde non occidental, moins de 40 ans après, à battre la Russie, une grande nation européenne, avant de faire trembler, 35 ans plus tard, la toute puissante Amérique dans le Pacifique.
    Les Africains doivent se réappropprier leur histoire et s’engager dans la marche de l’humanité. A ce jour, les élites africaines ont failli; elles ont dilapidé les ressources de leurs pays dans la jouissance et la vaine gloire; elles n’ont pas été à la hauteur des enjeux et préfèrent tromper les populations par des accusations contre les Occidentaux qui seraient les seuls responsables de nos malheurs. Si nous ne nous sentons pas en mesure de nous défendre dans le concert des nations, nous n’avons qu’à demander à l’ONU de nous mettre sous tutelle…
    Je demande aux Africains de ne pas se tromper. Nos peuples ont assez souffert. Mettons nos Etats au service de l’intérêt général. Combattons le prévarication, la lâcheté et le mensonge au sommet de nos Etats. Luttons contre la corruption des dirigeants et des hauts cadres des administrations et des entreprises publiques. Refusons le racket policiers, la pourriture de l’institution judiciaire, etc.
    Si après tout ça nous ne nous portons pas mieux, alors nous pourrons tenter autre chose. Mais de grâce, commençons par ce qui est simple et qui a fait ses preuves depuis des millénaires.
    Notre devoir, aujourd’hui, est de nous mobiliser pour que le bon sens prévale dans notre chère Afrique.
    Fraternellement.

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